9/15/2008

TRIANGLE

Publié par E. |

3 gros piliers de HK : Tsui Hark, Ringo Lam et Johnie To réalisent ici une pièce d’un seul tenant. Expérience unique (pour ma part) qui relève un défi plus qu’ambitieux – et plutôt dangereux (vu les divergences de style de ces 3 compères !).

Projet amorcé par TH qui aura même prévu un scénario en cas de montage définitif désastrueux. Chacun leur tour, se donnent 35 min de pellicule dans un ordre bien défini : TH>RL>JT. Ont évité le cliché des films à sketchs (commerciaux et bien souvent médiocres) en choisissant de tourner ce long métrage en cadavre exquis. RL comparera cette figure de style à celle qui existe dans la poésie chinoise : plusieurs poètes se réunissent et chacun écrit un vers à la suite de l’autre. Risque de ne pas conserver une entité cohérente, risque de se focaliser sur un ego-trip mal dosé, risque de sombrer dans un mélo ésotérique sans saveur etc. Le risque n'est pas ici sans exister !

Le résultat n’en est pas moins éblouissant : que du bluff qui roule sur du velours. Si on ne savait pas, on ne le devinerait pas. Fluide, homogène et plus qu'accessible. Le synopsis peut se résumer très simplement : 3 potes décident d’organiser un casse facile, et, s’inventent un dénouement difficile (avec à la clé flic ripou et burlesque d’une équipe de bras cassés). Ca sent le made HK à plein, musique tamisée (petite basse de fond à la mélodie timide), et gunfights soignés. La première partie dirigée par TH (assisté lui même par Soi Cheang récemment remarqué par Dog Bite Dog) met en place les personnages et cultive le mystère de chacun d’entre eux. L’histoire se centralise autour de 3 principaux personnages (4 avec le flic) et on apprécie (sus aux multiples facettes de Election qui nous a littéralement perdu - et légèrement énervé !). Louis Koo (Election, Flash Point), Simon Yam (Exodus, Election) et Sung Hong-Lei (Une Balle dans la Tête, Ichi the Killer) s’inscrivent eux aussi parfaitement dans la figure du Triangle. La deuxième partie conduite par RL (peut être la moins réussie) s’attardent plus sur un aspect mélo-dramatique et contemplatif de la relation humaine (n’ai pas saisi l’intérêt de la danse saccadée de ralentis). Le ton est sans doute trop noir par rapport à la reprise de To qui ressuscite (inutilement à mon sens !) la seule femme du film (et on s’la traîne un peu comme un boulet jusqu’au bout). On retrouve dans la troisième partie de JT un style à la hauteur de The Mission avec – très peu de dialogues – et énormément de visuel léché (et des comiques de situations très théâtralement réussies). L’acteur fétiche de JT y participe – évidemment – (Suet Lam - l'homme au grain de beauté) et nous fera d’autant plus plaisir qu’il interprète brillamment un amphétamino-man euphorique.

Quoiqu’en dise leurs créateurs, on est loin d'une œuvre ésotérique psychologique mais bel et bien sur un chassé-croisé de styles qui repose sur une pyramide architecturalement soignée à 3 côtés distincts mais équilatéraux. Et pourquoi ne pas tenter la figure de style avec un 4ème acolyte comme John Woo - égaré on ne sait où ?!

3 commentaires:

elgaman a dit…

Encore une chronique digne de ce nom! Impressionnant le grand C.
Pour ce qui est du film en lui même je n'avais vraiment pas envoe de le regarder. TH à l'irrégularité légendaire et JT plus américain encore que John Woo (capable aussi des pires accidents comme Exiled ou moins récemment Breaking news...). Bref, un projet dangeureux avec des gens dangeureux... Alors je suis plutôt content et agréablement surpris à la lecture de ton article

(la partie de JT serait-elle vraiment du niveau de The mission encore inégalé jusqu"à aujourd'hui?!!! De quoi faire un bowling de boooga?!)

c. a dit…

Un bowilng de Booga?! Besoin d'aucun pretexte pr en péter un !!

On retrouve des plans séquentiels qui font penser à du The Mission, mais de là à retrouver les mêmes sensations... qd même pas !

elgaman a dit…

dommage pour the Mission et ok pour le bowling de booooga

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